Plusieurs jours que je le porte ce texte. Par petit bout. La nuit, il me réveille, je ne sais pas bien pourquoi. Je ne sais pas qui est le héros, si c’est elle ou si c’est moi. Je sais juste qu’aujourd’hui, il est sorti. Puis il est parti. Comme un fait exprès. Comme si je ne voulais pas qu’il existe. Juste des mots posés qui s’envolent sitôt l’encre séchée. Peut-être un bout d’histoire qui parle plus de moi que je ne voudrais l’admettre.
Peut-etre que la trace fait peur parce que c’est celle que l’on voit une fois les vapeurs d’émotions disparues.
L’histoire.
Ça commençait comme ça…
Elle était toujours un peu essoufflée en sortant de sa baignoire. Sa fille lui conseillait d’installer une douche. C’est dangereux une baignoire à son âge, il paraît.
Le visage ruisselant et emmitouflée dans son peignoir, elle s’était assise sur le rebord, pour reprendre son souffle, le bras appuyé sur le lavabo. La salle de bain était petite, juste de quoi faire tenir une personne debout, mais elle avait une baignoire. Une fierté quand ils avaient acheté.
Elle aimait bien ce moment de calme, juste après sa douche, le soir, avant d’aller au lit. Elle avait toujours préféré se laver le soir plutôt que le matin, pour ce plaisir simple de se coucher en sentant bon. Elle aimait l’odeur du propre sur la peau. Pas des odeurs chimiques à la pêche ou la vanille. Juste le propre.
Ensuite, elle avait pensé à sa salle de bain vide de rire alors qu’il y en avait eu, des rires (ceux de sa fille, dans son bain, de son mari quand il la surprenait à moitié nue et de son fils, quand son père lui mettait de la mousse à raser sur le bout du nez). Elle avait promené son regard sur les carreaux jaunies, les toiles d’araignées et la peinture craquelée au plafond. Elle avait trouvé ça grotesque, cette pièce usée, démodée.
Elle s’était dit que si elle était fatiguée, c’était parce qu’elle s’était promenée avec sa fille et son gendre dans l’après-midi. Elle avait pensé à a décharge à ciel ouvert et au champs de pêche où elle allait jouer quand elle était petite, en vélo. Elle s’était rappelée que les gens ne l’aimaient pas, la décharge, parce que ça sentait mauvais mais que elle, elle trouvait ça beau, cette montagne de couleur et ces oiseaux qui volaient autour. Elle n’avait pas trop reconnu cet endroit. Peut-être parce que la décharge avait été fermée et qu’aujourd’hui l’herbe verte recouvrait les immondices. Peut-être aussi parce qu’à la place des pêchers, il y avait des panneaux solaires. Elle s’était souvenu de son gendre qui lui avait dit: “le photovoltaïque, c’est l’avenir”. Elle n’avait pas trop compris pourquoi.
Après? Je ne sais plus.
Ah si, après, je crois qu’elle s’était levée, s’était regardée dans le miroir sans se reconnaître, juste une image inconnue…
Je regarde, je scrute, je fouille. mon image à m’en brûler l’esprit.
Dans le miroir je cherche mon reflet mais je ne reconnais ni mes traits ni mes contours.
Qui est cette femme usée?
Qui est-elle avec ce regard triste? Un regard brillant et mort. Mon regard. Paradoxal. Moi.
Elle s’était dit que son regard, c’est la seule chose qui la reliait à elle, la seule constante.
Puis je crois qu’elle s’était dit que sa fille avait peut-être raison, elle allait remplacer sa baignoire par une douche.
Il parait que les choses changent.
Il est possible que ce soit vrai.






