L’histoire d’un acte manqué

Posté dans Les inclassables le 8 mai 2012 par L'hôtesse

Plusieurs jours que je le porte ce texte. Par petit bout. La nuit, il me réveille, je ne sais pas bien pourquoi. Je ne sais pas qui est le héros, si c’est elle ou si c’est moi. Je sais juste qu’aujourd’hui, il est sorti. Puis il est parti. Comme un fait exprès. Comme si je ne voulais pas qu’il existe. Juste des mots posés qui s’envolent sitôt l’encre séchée. Peut-être un bout d’histoire qui parle plus de moi que je ne voudrais l’admettre. 

Peut-etre que la trace fait peur parce que c’est celle que l’on voit une fois les vapeurs d’émotions disparues.

L’histoire.

Ça commençait comme ça…

Elle était toujours un peu essoufflée en sortant de sa baignoire. Sa fille lui conseillait d’installer une douche. C’est dangereux une baignoire à son âge, il paraît.

Le visage ruisselant et emmitouflée dans son peignoir, elle s’était assise sur le rebord, pour reprendre son souffle, le bras appuyé sur le lavabo. La salle de bain était petite, juste de quoi faire tenir une personne debout, mais elle avait une baignoire. Une fierté quand ils avaient acheté.

Elle aimait bien ce moment de calme, juste après sa douche, le soir, avant d’aller au lit. Elle avait toujours préféré se laver le soir plutôt que le matin, pour ce plaisir simple de se coucher en sentant bon.  Elle aimait l’odeur du propre sur la peau. Pas des odeurs chimiques à la pêche ou la vanille. Juste le propre.

Ensuite, elle avait pensé à sa salle de bain vide de rire alors qu’il y en avait eu, des rires (ceux de sa fille, dans son bain, de son mari quand il la surprenait à moitié nue et de son fils, quand son père lui mettait de la mousse à raser sur le bout du nez). Elle avait promené son regard sur les carreaux jaunies, les toiles d’araignées et la peinture craquelée au plafond.  Elle avait trouvé ça grotesque, cette pièce usée, démodée.

Elle s’était dit que si elle était fatiguée, c’était parce qu’elle s’était promenée avec sa fille et son gendre dans l’après-midi. Elle avait pensé à a décharge à ciel ouvert et au champs de pêche où elle allait jouer quand elle était petite, en vélo. Elle s’était rappelée que les gens ne l’aimaient pas, la décharge, parce que ça sentait mauvais mais que elle, elle trouvait ça beau, cette montagne de couleur et ces oiseaux qui volaient autour. Elle n’avait pas trop reconnu cet endroit. Peut-être parce que la décharge avait été fermée et qu’aujourd’hui l’herbe verte recouvrait les immondices. Peut-être aussi parce qu’à la place des pêchers, il y avait des panneaux solaires. Elle s’était souvenu de son gendre qui lui avait dit: “le photovoltaïque, c’est l’avenir”. Elle n’avait pas trop compris pourquoi. 

Après? Je ne sais plus.

Ah si, après, je crois qu’elle s’était levée, s’était regardée dans le miroir sans se reconnaître, juste une image inconnue…

Je regarde, je scrute, je fouille. mon image à m’en brûler l’esprit.

Dans le miroir je cherche mon reflet mais je ne reconnais ni mes traits ni mes contours.

Qui est cette femme usée?

Qui est-elle avec ce regard triste? Un regard brillant et mort. Mon regard. Paradoxal. Moi.

Elle s’était dit que son regard, c’est la seule chose qui la reliait à elle, la seule constante.

Puis je crois qu’elle s’était dit que sa fille avait peut-être raison, elle allait remplacer sa baignoire par une douche.

Il parait que les choses changent.

Il est possible que ce soit vrai.

 

L’oubli

Posté dans Pour de semblant le 27 avril 2012 par L'hôtesse

Sans drame.

Sans cri.

Juste une porte qui claque.

Tu es parti.

Un peu sonnée, assise sur la fenêtre, je fume une cigarette. Je n’aime pas ça mais je garde le gout de toi dans ma bouche.

Les années défilent, les souvenirs, les rires, les larmes.

Tu ne m’aimes plus.

Je me demande comment on fait pour ne plus aimer, dire de quelqu’un qu’on a serré contre son coeur qu’il n’est désormais pas plus qu’un autre?

La poussière s’est accumulée sur les meubles, les traces de toi ont disparu. Ne reste que l’odeur de ton corps, les nuits de terreurs, quand je me réveille en pleurant, instant fragile où j’ai oublié que tu n’es plus là.

Assise sur la fenêtre, je fouille ma mémoire à la recherche de toi, ton rire, tes yeux, tes bras autour de moi. Je respire la ville à l’affût d’un signe de toi.

Est-ce que tu penses à moi?

J’ai attendu un appel. Un mail. Un mot.

Tu ne pouvais pas m’oublier, me laisser vivre cette journée seule, notre journée.

Assise sur la fenêtre je me demande comment font les gens pour oublier ceux qu’ils ont aimé.

Résolutions?

Posté dans Les inclassables le 20 avril 2012 par L'hôtesse

Ne rien attendre.

Ne rien espérer.

Ne pas être déçue.

 

L’homme à abattre

Posté dans Pour de semblant le 17 avril 2012 par L'hôtesse

La musique est ici

Le froid claque sur mes joues. Les mèches humides de mes cheveux collées sur mon visage me bouchent la vue. Je connais cette ville par coeur. Chaque rue, chaque pont, chaque porte, cette ville est la mienne, je n’ai pas besoin d’y voir.

De grands faisceaux lumineux violent le ciel d’encre à ma recherche, les hélicoptères tournent, les chiens aboient, les hommes crient.

Des heures que je fuis à travers le dédale bétonné, béni par la nuit qui me dérobe à leur regard. Mon corps est meurtri mais s’ils se battent pour ma mort, moi je cours pour ma vie. Dans ma poitrine, mon coeur est au bord de l’explosion, mes veines battent sur mes tempes. La pluie se mélange à ma sueur glacée, ils vont m’attraper. Ils sont là, juste dans mon dos. Je sens leur souffle dans mon cou. Ils veulent ma peau. Quel qu’en soit le prix.

Je suis l’homme à abattre.

Il y a ce pont, celui qui se soulève pour laisser passer le ferry. Si j’arrive à passer de l’autre coté, je suis sauvé, 23 minutes exactement avant que le pont ne se referme, le temps de disparaître.

Je pousse sur mes cuisses, ignorant la brûlure et accélère. Je ne tomberai pas sans me battre.

Courir.

Je ne sens plus mon corps, je suis au delà de la douleur, je suis la lutte.

La corne du ferry. Il approche. Vite.

Je vole sur les pavés, me baisse, saute, évite tous les obstacles.

Le pont est là. Derrière la rue.

Ne pas faiblir.

Courir.

Je vois le pont. Ils sont sur mes talons.

Courir.

Il s’ouvre. Non!

Vite!

NON!

Il est trop tard pour rejoindre l’autre côté de la ville, je suis coincé.

Le spot me repère.

Ils sont là. J’entends leurs râles, assoiffés de vengeance. Je suis le meurtrier, celui qui enlève les femmes, qui leur ouvre le ventre, qui jouit de leurs corps se vidant de leur sang. Je suis le psychopathe. Ils ne veulent pas la justice. Ils veulent du sang.

Je vais mourir.

Je suis vivant.

Étrange barrière, invisible. Le vide. Le point de bascule.

Je me retourne. Ils sont interdits, le regard fixe et l’arme au point.

Le corps flottant, je ne les entends plus, je ne les vois plus.

Ils ne comprennent pas.

Le monde a disparu.

Ne reste que la pluie qui vient s’écraser en gouttes fines sur mon visage et le battement de mon coeur dans mes oreilles.

La partie est finie.

Dans mon ventre, cette boule qui gronde et qui explose dans un rire fou.

Je saute.

Putain, c’est bon la vie!

Collison

Posté dans Pour de semblant le 14 avril 2012 par L'hôtesse

Elle n’était plus très sûre de l’avoir vraiment vraiment rencontré.

Peut-être parce que c’était la nuit. Peut-être parce que c’était trop simple.

Sans trop s’en rende compte, elle s’était racontée, dans ce bar glauque à peine éclairé. Elle avait dit beaucoup, sans trop se censurer. Pourquoi bloquer les mots quand on  est chez soi, avec soi. Elle n’avait pas hésité, pas une seconde. C’était comme ça que ça se jouait avec lui, une franchise nette, une confiance. Elle était sortie de cette rencontre un peu groggy, flottante, ivre avec une seule sensation, tenace, au fond du ventre: le manque. Des jours durant, elle l’avait cherché, partout, dans ses souvenirs, dans son corps.

Il lui échappait. Le temps passait et il disparaissait, les traits de son visage, la lueur de son regard, la douceur de son sourire.

Aujourd’hui, elle doutait. Était-ce à elle qu’elle parlait, dans ce soliloque nocturne au confins de l’éveil? Est-il là, à ses côtés ou n’était-il, au final, qu’une production fantasmatique, construction de son esprit solitaire, desespéré de n’avoir trouvé l’Autre?

N’était-il que rêve?

Protégé : Ma mère

Posté dans Les inclassables le 13 avril 2012 par L'hôtesse

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Bonheur

Posté dans Ailleurs le 13 avril 2012 par L'hôtesse

Texte initialement publié sur Voldemag

Trop de monde dans les salles, trop de tableaux aux murs, trop d’images, trop de couleurs, je n’arrive pas à attraper la beauté des œuvres.
Je me promène dans ce musée comme on chine dans une brocante, l’œil qui embrasse l’ensemble à la recherche de la perle, l’unique, celle qui vous met une claque.
La perle est là.
Presque cachée, dans un coin de la salle, timide.
Pourtant, je ne vois qu’elle.
Mon regard s’accroche et mon cœur s’arrête.
Je disparais dans le tourbillon de matière, aspirée par la lumière flamboyante du reflet du soleil. Au centre de l’œuvre trône le parlement de Londres, mon âme et moi, nous sommes coincées entre l’eau et le ciel, là où tout se mélange, là où tout est possible.
Je ne suis ni vivante ni morte, je suis dans le tableau.
Je suis hypnotisée.
La puissance de l’oeuvre se répercute sur mon corps, mes poils se dressent, ma peau frisonne. Dans mes yeux, des larmes.
« Ça va zzouzz » ?
Je crois que c’est ça, le bonheur.

Source : Claude Monet (1840-1926)
Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard
1904
Huile sur toile
H. 81 ; L. 92 cm
Paris, musée d’Orsay
Legs du comte Isaac de Camondo, 1911
© RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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